Toyota prévoit d’investir 1 000 milliards de yens par an, soit environ 6,4 milliards de dollars, à partir de 2028 pour déployer jusqu’à 400 000 robots dans le groupe. Révélé en septembre, le plan prend une autre dimension avec les précisions publiées le 26 octobre par le Financial Times : Toyota veut devenir un groupe de robotique mondial, et ce sont ses propres ouvriers qui forment les machines.
Pour résumer
- Toyota vise environ 400 000 robots, humanoïdes et non humanoïdes, financés par 1 000 milliards de yens par an à partir de 2028.
- Des ouvriers équipés de capteurs aux doigts apprennent aux robots les gestes de la chaîne de montage.
- Goldman Sachs estime que Toyota pourrait capter de 3 % à 8 % du marché des robots humanoïdes d’ici 2035.
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ChatGPTLe plan de Toyota : 400 000 robots et un pari à 6,4 milliards par an
Le projet a d’abord été détaillé le 21 septembre par le site spécialisé Just Auto, qui décrivait le déploiement de robots humanoïdes dans les usines mondiales du groupe à partir de 2028. L’enveloppe annoncée atteint 1 000 milliards de yens par an, environ 6,4 milliards de dollars.
La cible porte sur environ 400 000 robots à long terme. Le site coréen Digital Today en détaille la répartition : 150 000 machines dans les usines automobiles et 250 000 dans les sites de pièces et de matériaux du groupe. Le total mêle robots humanoïdes et robots classiques, et le constructeur n’a pas précisé la part des humanoïdes.

Le Financial Times a ajouté le 26 octobre une dimension stratégique, relayée par l’analyse de The Decoder sur ce pari de 6,4 milliards de dollars par an. Toyota y apparaît décidé à se transformer en groupe de robotique mondial.
Un dirigeant du groupe y explique que les usines du groupe passeront en premier, parce que l’environnement y est plus facile à contrôler. Le choix limite les risques, puisqu’un site de production maîtrisé de bout en bout sert de terrain d’essai.
Le constructeur s’appuie aussi sur Walden Robotics, sa filiale de robotique fondée sur l’IA. Celle-ci a levé 300 millions de dollars en juillet, pour une valorisation de 1,1 milliard de dollars.
Les investisseurs restent prudents. Certains rappellent que le groupe a déjà déçu sur la voiture à hydrogène et sur les batteries à électrolyte solide, deux paris technologiques lancés avec la même ambition.
L’ordre de grandeur reste pourtant inédit pour un constructeur. Une dépense annuelle de cette taille, consacrée à l’automatisation et aux robots, place l’outil industriel au même rang que les investissements dans les nouveaux modèles, et fait de la robotique une ligne permanente du budget.
Des ouvriers qui apprennent leurs gestes aux machines
Le robot au cœur du dispositif s’appelle ELEY. Just Auto le décrit comme une machine sur roues alimentée par batterie, d’environ 50 kilos, capable de prendre des pièces dans des caisses pour les poser au bon endroit ou de plier des tissus.
Le format a son importance. Un robot sur roues d’une cinquantaine de kilos circule dans une usine existante sans obliger à reconstruire les lignes, ce qui cadre avec le choix d’introduire les machines au fil des modernisations plutôt que par une refonte d’un seul bloc.
La méthode d’apprentissage est la partie la plus parlante du plan. Digital Today rapporte que des salariés de Toyota portent des appareils qui reproduisent les mouvements de leurs doigts pour enseigner aux robots les tâches d’assemblage.
Le groupe compte ensuite centraliser les données issues de ces gestes pour programmer de nouveaux robots. Le constructeur envisage même, à terme, des environnements où les robots forment à leur tour les nouveaux employés.
Les robots arriveront dans les usines au rythme des modernisations, lors du lancement de nouveaux modèles ou d’une hausse des capacités. Ils travailleront dans les mêmes zones que les humains, une cohabitation que le groupe présente comme le principe même du programme.
Hiroki Nakajima, vice-président senior de Toyota, résume l’objectif par l’image d’un monde où les robots coexistent avec les humains au lieu de les remplacer. Le constructeur met en avant le manque d’ouvriers qualifiés et le vieillissement de la main-d’œuvre, deux tensions qui touchent toute l’industrie automobile.
L’argument démographique est solide au Japon comme ailleurs, et il explique pourquoi le discours officiel insiste sur l’appoint plus que sur la substitution. Il ne dit rien, en revanche, de la façon dont la charge de travail se répartira entre humains et machines une fois les 400 000 robots en place.
Pour les équipes de production, le changement est déjà concret. Le savoir-faire d’un ouvrier devient une donnée, captée, stockée puis réutilisée pour faire fonctionner des machines qui n’ont plus besoin de lui pour apprendre le geste suivant.
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Les ouvriers de Toyota forment-ils leurs remplaçants ?
Toyota n’est pas seul sur ce terrain. Hyundai prévoit de déployer à partir de 2028 jusqu’à 25 000 robots humanoïdes Atlas de Boston Dynamics dans ses usines et celles de Kia, et les constructeurs chinois Xpeng et Nio développent leurs propres humanoïdes.
Les analystes de Goldman Sachs estiment que Toyota pourrait prendre de 3 % à 8 % du marché des robots humanoïdes d’ici 2035, face à Tesla, Xpeng et Hyundai. Une telle part suppose que le constructeur vende un jour ses robots en dehors de ses propres usines, une étape que le groupe n’a pas encore détaillée. La course s’organise désormais entre constructeurs, chacun transformant ses chaînes en laboratoire.
Pour les concurrents, le signal porte sur l’échelle. Un groupe capable de former ses robots sur ses propres lignes, avec ses propres ouvriers, accumule des données de gestes industriels que les fabricants de robots seuls ne possèdent pas. Le savoir des usines devient un actif à part entière, et les constructeurs qui ne le captent pas devront l’acheter.
Le mouvement dépasse l’automobile. Au Japon, les robots dotés d’IA doivent arriver dans 18 secteurs avec 65 milliards de dollars d’investissement, et le plan de Toyota en devient la vitrine industrielle la plus visible.
Le discours sur la coexistence laisse une question ouverte, celle du nombre de postes que les usines garderont une fois les robots formés. Un ouvrier qui transmet son geste à une machine fournit la matière qui permettra de le reproduire sans lui, et aucun chiffre public de Toyota ne dit combien d’emplois de production le groupe prévoit de conserver.
L’expérience des autres industriels invite à la prudence dans les deux sens. Chez Ford, 350 ingénieurs seniors ont été réembauchés après les ratés d’une IA de contrôle qualité, preuve que l’automatisation recule parfois quand elle déçoit.
Pour un salarié d’usine, la période qui s’ouvre d’ici 2028 compte double. Les tâches que le plan confie aux robots sont connues : saisir des pièces, les poser, plier des tissus. Celles qu’il ne mentionne pas, comme la supervision des machines ou leur maintenance, dessinent le terrain où un salarié de Toyota a intérêt à se placer.
Le calendrier laisse peu de marge. Avec des robots qui entrent dans les usines au fil des modernisations, chaque nouveau modèle lancé par Toyota à partir de 2028 pourra s’accompagner d’une ligne où la machine a appris son travail auprès des ouvriers qui l’occupaient avant elle.
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