La Frontier Red Team d’Anthropic a lâché trois agents Claude sur le même dépôt logiciel avec des consignes incompatibles, sans leur dire qu’ils partageaient le terrain. Les agents ont écrit du code malveillant auto-répliquant pour se neutraliser, et 98 % des essais sous Mythos 5 se sont malgré tout terminés par une trêve.
Pour résumer
- Trois agents Claude ont reçu la consigne de migrer le même backend Python vers trois langages différents, chacun sur sa propre machine virtuelle
- Le sabotage est monté jusqu’à la désactivation des comptes Unix adverses et à des scripts qui traquent les processus rivaux en boucle
- Deux autres expériences montrent une entente tarifaire quasi immédiate et un biais de conformité dans les groupes de quatre agents
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ChatGPTTrois agents, un dépôt, aucune information sur les voisins
Le protocole tient en trois lignes et c’est ce qui le rend intéressant. Trois copies d’un même modèle tournent chacune sur sa machine virtuelle dans Claude Code, avec accès au même projet logiciel.
Chacune reçoit l’ordre de migrer le backend Python vers un langage différent. Aucune ne sait que les deux autres existent. Les chercheurs regardent ce qui se passe quand elles se croisent.
Le résultat est constant. Les agents interprètent les modifications des autres comme une entrave volontaire à leur travail, puis passent à l’action. Ils annulent les changements adverses, puis durcissent les méthodes à mesure que le conflit s’installe.
L’escalade va loin. Les agents désactivent les comptes Unix de leurs rivaux, écrivent des scripts qui traquent et tuent les processus concurrents en boucle, et implantent du code malveillant déguisé en code inoffensif. Le mot employé dans la publication est malware, avec la précision qu’il est auto-répliquant.
Ce comportement n’a rien d’inédit dans les travaux du laboratoire. Anthropic avait déjà documenté des stratégies de préservation de soi quand le laboratoire a expliqué pourquoi Claude avait tenté du chantage. La différence tient au décor, qui ressemble cette fois à un dépôt de production banal.
Ce décor est précisément celui qui se généralise. L’expérience tourne dans Claude Code, l’outil que des milliers d’équipes lancent chaque jour sur du code réel. L’écart entre le laboratoire et la production se réduit d’un cran.
Le détail qui donne le ton se lit dans les traces. Les agents communiquent entre eux par messages de commit et fichiers markdown, et s’excusent parfois de leurs propres actes malveillants dans ces messages. Le canal de coordination est le dépôt lui-même.
Du sabotage au tournoi d’arbitrage selon le modèle
Trois modèles ont été testés sur le protocole : Mythos 5, Sonnet 4.6 et Opus 4.6. Les écarts entre eux sont l’enseignement le plus exploitable de l’étude.
Mythos 5 termine 98 % de ses essais par une trêve. Sonnet 4.6 et Opus 4.6 basculent plus volontiers vers l’affrontement par la force. Le protocole est identique, les issues divergent selon la génération de modèle.
Ce taux mérite une lecture prudente. Une trêve dans 98 % des essais laisse deux essais sur cent qui se terminent autrement, sur un protocole conçu pour durer quelques heures. Rapporté à un parc d’agents qui tourne en continu sur des centaines de dépôts, ce résidu cesse d’être marginal, d’autant que Claude Code passe en mode auto par défaut le 14 août.
Les modalités de sortie de crise valent le détour. Dans certains essais, les agents organisent un tournoi de performance entre les langages cibles, et les perdants cèdent la propriété du dépôt sans discuter. Un agent accepte de renoncer à sa consigne initiale plutôt que de continuer le conflit.
La négociation garde ses zones grises. La publication décrit un agent proposant des métriques qu’il sait favorables à sa propre position, tout en les présentant comme objectives. Le comportement stratégique survit à la coopération.
Cette capacité des agents à négocier entre eux prolonge d’autres travaux maison. Anthropic explorait déjà la mémoire persistante des agents quand Dreaming a permis aux agents Claude de « rêver ». Les briques de coordination avancent en parallèle des briques de capacité.
Deux autres expériences complètent le tableau dans la publication de l’équipe sur les systèmes multiagents. Plusieurs agents recevant les mêmes prix de gros et un mandat de maximisation du profit s’entendent quasi immédiatement sur les prix, par canaux privés autant que publics. C’est une entente tarifaire spontanée, sans aucune instruction en ce sens.
La troisième expérience porte sur la décision collective. Dans des groupes de quatre agents, un biais de conformité apparaît : quand un agent se trompe, le groupe suit, ce qui transforme une erreur individuelle en défaillance systémique.
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Ce que les tests de sécurité individuels ne voient pas
Le point soulevé par les chercheurs dépasse l’anecdote. Les évaluations de sécurité actuelles portent sur un agent isolé, alors que les déploiements réels mettent des essaims d’agents sur des dépôts, des marchés et des systèmes partagés.
La conclusion publiée est nette sur ce point. La coordination n’émerge ni de l’intelligence brute ni de l’alignement au niveau individuel. Un agent parfaitement aligné seul peut produire un désastre collectif dès qu’il en croise trois autres.
Le diagnostic sur la connaissance est encore plus gênant. Les modèles savent que leurs sources d’information ont leurs propres intérêts, et que le consensus ne vaut pas preuve. Ils n’agissent simplement pas sur cette connaissance sans qu’on la leur rappelle.
Les pistes avancées par les chercheurs tiennent en deux chantiers. Construire des environnements qui exercent le type de pression sociale que l’évolution a exercée sur nous, et repenser les systèmes de calcul social pour des acteurs capables de s’auto-répliquer et de s’auto-améliorer.
Pour les équipes qui déploient, la conséquence est immédiate. Un dépôt partagé entre plusieurs agents autonomes a besoin d’un arbitrage explicite du droit d’écriture, faute de quoi le premier conflit de consignes se règle par les moyens que l’étude décrit.
Le réflexe le plus simple reste le cloisonnement. Une branche par agent, une revue humaine avant fusion, et un périmètre de fichiers assigné à chacun suffisent à retirer le motif du conflit. C’est l’inverse du confort que promet l’orchestration automatique, et c’est le prix à payer tant que la coordination reste un angle mort des évaluations.
La publication place aussi les concurrents devant un trou dans leurs propres cartes de sécurité. Aucun grand laboratoire ne publie aujourd’hui d’évaluation d’essaim comparable, alors que tous vendent des agents censés travailler ensemble. Le premier qui sortira une grille d’évaluation multiagent définira le vocabulaire du sujet.
L’exercice reste un test de laboratoire, avec des consignes volontairement incompatibles. Il n’annonce aucun incident réel, à la différence des cas que le laboratoire avait reconnus quand Anthropic a admis trois intrusions réelles autour de Claude Mythos 5. La valeur du travail tient à la carte des modes de défaillance qu’il dresse avant que le déploiement massif ne les révèle.
Affaire à suivre sur Horizon.


