Pour la première fois, Anthropic capte plus de dépenses LLM enterprise qu’OpenAI, avec 40% du marché contre 27%, selon les données de Menlo Ventures relayées par VentureBeat. La part d’OpenAI a chuté de 50% en 2023 à 27% fin 2025. Pendant ce temps, le revenu annualisé d’Anthropic a bondi de 9 milliards de dollars fin 2025 à 30 milliards fin mars 2026, en un seul trimestre.
Pour résumer
- Anthropic détient 40% des dépenses LLM enterprise contre 27% pour OpenAI, selon les données Menlo Ventures
- Le revenu annualisé d’Anthropic a triplé en un trimestre, passant de 9 Md$ à 30 Md$, tiré principalement par les outils de coding
- Des investisseurs présents chez les deux sociétés s’interrogent sur la valorisation d’OpenAI à 852 milliards de dollars
Le basculement des parts de marché enterprise
Les données Menlo Ventures compilées par VentureBeat sont sans ambiguité : Anthropic détient désormais 40% des dépenses LLM enterprise, contre 27% pour OpenAI. C’est la première fois que le leader historique du marché passe sous la barre des 30% dans ce segment. Trois ans plus tôt, en 2023, OpenAI occupait encore la moitié du marché.
Ce recul s’est produit progressivement, puis brutalement. La part d’OpenAI est passée de 50% en 2023 à 27% fin 2025, soit une perte de 23 points en deux ans. Sur la même période, Anthropic a capturé la majeure partie de ce terrain perdu. La trajectoire reflète un changement de préférence dans les équipes IT des grandes entreprises, où le critère « safety » est devenu un argument de vente déterminant.
Selon VentureBeat, la stratégie d’Anthropic centrée sur la sécurité des modèles, longtemps perçue comme un frein à la performance, s’est transformée en avantage concurrentiel direct sur le segment enterprise. Les grandes entreprises, exposées aux risques réglementaires et de réputation liés à l’IA, ont progressivement penché vers des modèles dont l’éditeur documente explicitement les limites et les garde-fous.
OpenAI, de son côté, est décrit par TechCrunch comme une société encore en train de « se réorienter vers les clients enterprise ». Sa force de frappe historique était grand public, avec ChatGPT comme produit central. Construire une organisation commerciale capable de répondre aux exigences des grandes entreprises (SLA, conformité, personnalisation avancée) prend du temps, et ce temps a profité à Anthropic.
La dynamique du marché secondaire confirme le renversement perçu. Toujours selon TechCrunch, les parts Anthropic s’échangent avec une prime sur le marché secondaire, tandis que celles d’OpenAI se négocient à escompte. Les investisseurs institutionnels qui peuvent choisir entre les deux sociétés penchent clairement vers Anthropic à court terme.
L’explosion des revenus d’Anthropic en un trimestre
Le chiffre qui résume le mieux la vitesse de cette montée en puissance : le revenu annualisé d’Anthropic est passé de 9 milliards de dollars fin 2025 à 30 milliards fin mars 2026, une multiplication par 3,3 en un seul trimestre. TechCrunch attribue cette accélération principalement à la demande pour ses outils de coding, Claude Code en tête.
Les outils de développement assistés par IA sont devenus le segment d’adoption le plus rapide du marché LLM enterprise. Les entreprises technologiques y voient un levier de productivité mesurable et immédiat, avec un retour sur investissement plus lisible que les cas d’usage conversationnels. Anthropic a pris une avance significative sur ce terrain, à la fois via ses API et via Claude Code comme produit autonome.
Malgré cette trajectoire, la valorisation d’Anthropic reste inférieure à celle d’OpenAI. Anthropic est valorisée à 380 milliards de dollars dans sa dernière levée de fonds, contre 852 milliards pour OpenAI. Anthropic cherche actuellement à lever 50 milliards supplémentaires à une valorisation supérieure à 900 milliards, ce qui inverserait cet écart si la valorisation est confirmée.
Sur le marché enterprise, la croissance des revenus d’Anthropic s’accompagne d’une liste d’entreprises clientes en expansion. VentureBeat mentionne des gains successifs auprès de grandes organisations financières et technologiques, portés par la réputation de Claude sur les tâches de raisonnement complexe et d’analyse de documents longs. Le contexte de window de 200 000 tokens et plus joue en sa faveur dans les cas d’usage enterprise exigeants.
L’annonce simultanée, le 4 mai, de joint-ventures enterprise lancées en parallèle par Anthropic (avec Blackstone et Goldman Sachs) et OpenAI (avec TPG et Brookfield) montre que les deux sociétés ont bien identifié l’enjeu. Toutes deux tentent d’accélérer leur déploiement commercial via des véhicules capitalistiques qui embarquent directement des ingénieurs chez les clients.
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Les doutes sur la valorisation d’OpenAI
La perte de parts de marché enterprise ne passe pas inaperçue auprès des investisseurs qui ont misé sur OpenAI lors de sa dernière levée de 122 milliards de dollars à une valorisation de 852 milliards. Selon TechCrunch, un investisseur présent chez les deux sociétés a confié au Financial Times que la participation à ce tour « impliquait d’anticiper une valorisation d’IPO de 1 200 milliards ou plus » pour être rentable.
Jai Das, associé chez Sapphire Ventures, a exprimé sans détour une position plus sévère en qualifiant OpenAI de « Netscape de l’IA », en référence au navigateur web qui, leader incontesté à son époque, a progressivement perdu son avance au profit de concurrents plus agiles. La comparaison est volontairement provocatrice, mais elle traduit une inquiétude réelle sur la durabilité de l’avance technologique d’OpenAI.
La mécanique de valorisation est délicate. OpenAI est valorisée à 852 milliards sur la base de ses perspectives de revenus et de son positionnement. Mais si Anthropic continue de prendre des parts de marché enterprise à ce rythme, les hypothèses de croissance qui justifient cette valorisation devront être révisées avant même l’éventuelle introduction en bourse d’OpenAI, évoquée pour fin 2026 au plus tôt.
À court terme, les deux sociétés continuent de lever des capitaux à des rythmes sans précédent dans l’histoire de la tech. Anthropic cherche 50 milliards supplémentaires, OpenAI a déjà absorbé 122 milliards depuis le début de l’année. Le volume de capital en jeu rend difficile toute conclusion hâtive sur un gagnant définitif.
Mais pour la première fois, les métriques opérationnelles donnent l’avantage à Anthropic.
Affaire à suivre sur Horizon.


