Mark Zuckerberg a déclaré qu’Apple « n’a rien vraiment inventé de grand depuis l’iPhone ». Dans le même temps, Meta bloque les outils Apple Intelligence dans ses propres applications iOS. Ce n’est plus une guerre de parts de marché. C’est une guerre de l’IA mobile, et les deux géants ont décidé que les règles du passé ne s’appliquaient plus.
Pour résumer
- Zuckerberg : Apple stagne depuis l’iPhone de Steve Jobs et les ventes annuelles pourraient ne plus progresser
- Meta bloque Apple Intelligence (Writing Tools, Genmoji) à l’intérieur de ses applications iOS de façon ciblée
- Les investisseurs scrutent les implications de cette guerre de territoire IA pour l’écosystème mobile
La déclaration de guerre de Zuckerberg
Le PDG de Meta n’a pas mâché ses mots sur Apple. Dans un entretien avec Joe Rogan, Zuckerberg a affirmé qu’Apple « n’a rien vraiment inventé de grand depuis un moment » et que Steve Jobs avait créé l’iPhone, mais qu’Apple se contentait désormais de vivre dessus vingt ans plus tard. Une attaque directe, sans euphémisme.
Sur les ventes, Zuckerberg a ajouté : « D’une année à l’autre, je ne suis même pas sûr qu’ils vendent plus d’iPhones. Chaque génération ne s’améliore pas vraiment beaucoup. » Une assertion que les données de marché nuancent, mais qui résume bien la perception que Meta cherche à installer dans l’esprit des investisseurs et du grand public.
Zuckerberg cible aussi la politique d’App Store. Selon lui, si Apple cessait d’imposer ses « règles arbitraires », Meta pourrait doubler ses profits. Une déclaration qui encadre la rivalité non plus comme un différend commercial, mais comme un blocage structurel imposé par Apple à l’ensemble de l’écosystème tech.
Il est utile de rappeler que Meta n’est pas exempt de critiques similaires. Depuis le recentrage de l’entreprise sur le métavers, c’est Facebook qui continue de porter l’essentiel des revenus du groupe. Meta est fréquemment accusé de répliquer les fonctionnalités de ses concurrents plutôt que de les inventer. L’attaque sur l’innovation d’Apple a donc un côté bumerang que les marchés n’ont pas raté.
Mais cette fois, les mots ont été suivis d’un acte concret. Et cet acte touche directement Apple Intelligence.
L’IA, vrai terrain de la bataille
Des utilisateurs d’iPhone ont constaté des messages d’erreur en tentant de lancer Apple Intelligence à l’intérieur des applications Meta. Les outils Writing Tools et Genmoji d’Apple sont bloqués dans les apps iOS de Meta. Ce blocage est ciblé, pas une défaillance technique. Meta a délibérément choisi d’empêcher Apple Intelligence de fonctionner dans son environnement.
Le choix est symbolique autant que stratégique. Apple déploie Apple Intelligence comme son grand pari IA pour reconquérir la narration technologique après des années de retard sur ses concurrents. Comme nous l’analysions dans notre article sur la refonte de Siri avec Gemini, Apple mise sur la privacy et l’intégration système pour se différencier. Meta bloque précisément l’expression de cette stratégie dans ses applications.
Les investisseurs regardent ce que cette guerre de territoire signifie pour l’IA mobile. Si Meta généralise ce type de blocage, les utilisateurs iPhone se retrouvent avec une expérience Apple Intelligence amputée dès qu’ils ouvrent une app Meta. Ce n’est pas anodin : les applications Meta concentrent une part majeure du temps d’écran mobile mondial.
De son côté, Meta déploie Meta AI sur l’ensemble de ses plateformes, en compétition directe avec les assistants d’Apple et de Google. Ce qui s’était présenté au début comme une guerre des app stores est devenu une guerre pour contrôler quelle IA parle à l’utilisateur final sur mobile.
Le contexte de la rivalité OpenAI-Apple ajoute une couche supplémentaire. Comme nous le détaillions dans notre article sur l’action envisagée par OpenAI contre Apple, la compétition autour de l’intégration IA dans iOS est devenue multi-frontale. Apple se retrouve à affronter simultanément Meta, OpenAI et Google sur le terrain de l’IA.
À voir également sur Horizon :
- Shadow AI : même Google navigue à vue sur la sécurité
- ClickUp licencie 22 % et déploie 3 000 agents IA
- Android XR : les lunettes IA de Google testées
Ce que ça change pour l’écosystème mobile
À court terme, l’impact est concret pour les utilisateurs iPhone. Apple Intelligence ne fonctionnera pas de façon fluide dès qu’une application Meta est ouverte. Pour des centaines de millions d’utilisateurs qui passent l’essentiel de leur temps sur Facebook, Instagram ou WhatsApp, c’est une limitation significative de ce qu’Apple a vendu comme une révolution IA.
Pour Apple, le risque est stratégique. Si les grandes plateformes tierces bloquent systématiquement Apple Intelligence, la valeur perçue de ce système s’effondre. L’IA on-device perd son intérêt si elle ne fonctionne que dans les applications Apple. Apple va devoir choisir entre l’escalade réglementaire et la négociation avec Meta.
Pour Meta, le calcul est différent. En bloquant Apple Intelligence dans ses apps, Meta s’assure que Meta AI reste le seul assistant IA accessible à ses utilisateurs iOS. C’est une capture de surface d’attention, pas une décision technique. Si un utilisateur veut de l’IA sur Instagram, ce sera Meta AI.
À moyen terme, cette dynamique va forcer une réponse réglementaire. La question de savoir si une plateforme tierce peut bloquer les fonctionnalités système d’un OS est exactement le type de contentieux que les régulateurs européens et américains instruisent actuellement. Apple et Meta sont sur une trajectoire de collision qui ne sera pas résolue sans arbitrage externe.
Affaire à suivre sur Horizon.


