NewCore sort de l’ombre avec 66 millions de dollars en seed pour donner une carte d’identité aux agents IA déployés en entreprise. La startup israélo-américaine vise la place d’Okta sur ce nouveau marché, à l’heure où Goldman Sachs ou McKinsey font déjà tourner des dizaines de milliers d’agents en interne.
Pour résumer
- NewCore signe 66 millions de dollars de seed mené par Cyberstarts, à une valorisation post-money de 300 millions de dollars.
- La plateforme gère dans un seul système les identités humaines et les agents IA, avec une architecture split-key qui scinde les credentials.
- McKinsey fait travailler 25 000 agents IA aux côtés de 60 000 employés, signal que le marché est déjà mûr pour ce type d’outil.
Un seed de 66 millions qui sort du lot
La levée annoncée le 15 juin par NewCore ne ressemble pas à un seed classique. Le tour atteint 66 millions de dollars, mené par Cyberstarts, avec Index Ventures et Evolution Equity Partners en participation. La startup affiche déjà une valorisation post-money de 300 millions de dollars, ce qui place le ticket d’entrée à un niveau habituellement réservé aux séries B en cybersécurité.
La société est cofondée par Zohar Alon, ancien dirigeant connu de la scène cyber israélienne, Amihai Neiderman au poste de CTO, et Erez Yarkoni en CCO. L’équipe atteint déjà plus de 50 collaborateurs répartis entre les États-Unis et Israël, signe que la levée est venue valider une exécution en cours plutôt qu’un simple deck.
Le pitch est précis. NewCore propose une plateforme unique de gestion des identités, capable de traiter dans le même flux les comptes humains et les agents IA. Ces derniers sont considérés comme des identités de premier rang, avec leurs propres permissions, leur cycle de vie, et leur procédure de révocation.
L’architecture mise en avant repose sur un mécanisme dit split-key. Les credentials sont scindés en deux morceaux conservés séparément, l’un côté client, l’autre côté plateforme, pour qu’aucun acteur ne puisse en abuser seul. Le produit embarque aussi des intégrations toutes prêtes pour les principaux assistants de code comme Claude, Codex ou Cursor.
Côté commercial, NewCore reste encore en phase d’amorçage opérationnel. Moins de dix clients payants, mais plus de dix partenaires de design en cours. La facturation officielle ne démarre qu’à l’été 2026, ce qui laisse penser que le tour de table a été calibré pour absorber un long cycle de vente entreprise.
Le pari : remplacer Okta sur le terrain des IA
L’angle revendiqué par NewCore est explicite. Les plateformes historiques d’identité comme Okta ou Microsoft Entra ont été conçues pour des salariés humains, avec des outils inadaptés au rythme et au volume des agents autonomes. La startup s’en prend frontalement à ce socle vieillissant.
Selon les fondateurs, l’échelle et la complexité que vont ajouter ces nouveaux acteurs vont casser des plateformes pensées il y a quinze ou vingt ans. Le message est clair : les briques actuelles d’identité ne tiendront pas la charge quand chaque entreprise alignera plusieurs milliers d’agents en production.
Le timing est cohérent. La généralisation des assistants de code, des copilotes métier et des agents transactionnels oblige les DSI à gérer des comptes qui se créent, s’exécutent et meurent en quelques heures. Les rôles statiques, les rotations de mot de passe mensuelles ou les revues trimestrielles d’accès ne suivent plus.
La promesse commerciale tient en trois mouvements. Donner à chaque agent un identifiant unique et traçable. Lui attribuer un périmètre d’accès strict, modifiable en temps réel. Permettre une révocation immédiate en cas d’anomalie, comme on couperait un badge employé. Cette logique ressemble à celle des annuaires classiques, mais à la cadence d’une infrastructure IA.
Le marché que vise NewCore reste à dimensionner, mais il pourrait peser plusieurs milliards à horizon trois ans. Si chaque agent déployé devient une identité facturée, les opérateurs d’IAM verront leur métrique de croissance basculer du nombre d’employés humains vers le nombre d’agents en service. Un changement de modèle qui menace directement les leaders en place.
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Quand les agents IA deviennent des employés
Le pari de NewCore repose sur un changement déjà visible chez les grands comptes. Goldman Sachs a testé l’agent de codage Devin comme employé virtuel, en lui attribuant un manager, des tâches et un compte. McKinsey va plus loin, avec 25 000 agents IA déployés en parallèle de ses 60 000 collaborateurs humains.
À court terme, ces déploiements font apparaître un trou opérationnel. Les équipes de sécurité doivent décider qui peut créer un agent, qui peut lui donner accès à un CRM, et comment auditer ce qu’il fait. Sans outil dédié, chaque équipe métier bricole sa propre solution, ce qui crée autant de portes d’entrée pour les attaquants.
Cette dynamique s’inscrit dans une tendance plus large où certains acteurs poussent l’idée d’organisations majoritairement automatisées, comme l’illustre la sortie récente de Javier Milei sur les entreprises 100% IA. Le politique parle d’un horizon de transformation, mais NewCore vend la plomberie pour y arriver dès aujourd’hui.
À moyen terme, la question de la régulation va monter. Si un agent IA agit sur un compte bancaire ou signe un contrat fournisseur, il faut tracer la responsabilité jusqu’à un humain identifié. Les régulateurs européens et américains commencent à exiger des journaux d’audit dédiés, et NewCore se positionne pile sur cette demande de conformité.
Reste un risque pour la startup. Okta et Microsoft Entra n’ont pas dit leur dernier mot, et chacun annonce des modules dédiés aux identités machines. La fenêtre dont dispose NewCore pour installer son standard avant la riposte se mesure en mois, pas en années. Les 66 millions levés serviront à courir vite.
Affaire à suivre sur Horizon.


