Un utilisateur a filmé une maison entière avec son téléphone et obtenu une reconstruction 3D photoréaliste et navigable, sans scanner laser, sans drone, sans logiciel payant. L’outil derrière cette démonstration s’appelle SuperSplat, développé par PlayCanvas et disponible gratuitement sous licence MIT. Ce qui relevait encore récemment du matériel professionnel à plusieurs milliers d’euros est désormais accessible depuis un navigateur web.
Pour résumer
- SuperSplat est un éditeur open source de Gaussian Splatting, entièrement gratuit, qui tourne dans le navigateur sans installation
- Il permet de transformer des vidéos filmées au smartphone en scènes 3D photoréalistes, navigables et partageables
- La technologie sous-jacente, le 3D Gaussian Splatting, est en cours de standardisation industrielle par le Khronos Group, Google, NVIDIA et Apple
Ce que fait concrètement SuperSplat
Le 3D Gaussian Splatting (3DGS) est la technique qui rend tout cela possible.
Au lieu de construire une surface à partir de triangles ou de se limiter à un nuage de points, une scène en Gaussian Splatting est reconstruite à partir de millions d’ellipsoïdes semi-transparents, chacun défini par une position, un rayon, une couleur et un dégradé. Le résultat est une représentation volumétrique dense qui restitue les matières, les reflets et les ombres avec une précision que la photogrammétrie classique ne peut pas égaler à ce coût.
Le workflow ressemble davantage à du tournage qu’à du scanning : un opérateur se déplace avec son téléphone, la vidéo est ingérée par un service cloud et, quelques minutes plus tard, une scène 3D navigable apparaît dans le navigateur. L’expertise technique requise pour obtenir un résultat professionnel a été réduite à l’essentiel : savoir se déplacer correctement autour d’un espace.
SuperSplat, développé par PlayCanvas, est l’éditeur de référence pour travailler ces fichiers une fois générés. Il est entièrement gratuit et open source sous licence MIT. Il inclut des outils d’édition complets, des fonctionnalités de studio (annotations, effets post-traitement) et un outil en ligne de commande pour la conversion de formats, sans limite de taille de fichier ni d’export.
SuperSplat Studio pousse les capacités encore plus loin : jusqu’à 25 annotations avec titres, descriptions et points de vue caméra pour des visites guidées, des effets cinématiques (bloom, vignette, étalonnage des couleurs), des animations de caméra, et une compatibilité AR/VR via WebXR. Le tout sans abonnement, sans licence, sans contrainte d’export.
Ce dernier point change la logique économique en profondeur. Les solutions existantes de visite virtuelle s’appuient sur des modèles par abonnement ou par scan facturé à la prestation. SuperSplat retire ce verrou.
Un marché immobilier face à une disruption de coût
La visite virtuelle existe depuis des années dans l’immobilier. Mais elle repose jusqu’ici sur des équipements coûteux.
La numérisation 3D complète par scan laser ou photogrammétrie produit un modèle 3D interactif et mesurable, mais reste généralement réservée aux biens haut de gamme, où la précision et l’expérience premium justifient l’investissement. Pour un bien standard, le coût d’un scan professionnel est rarement absorbable dans la marge d’une transaction.
Ce que change SuperSplat et le Gaussian Splatting grand public, c’est précisément cette barrière économique. Un téléphone suffit pour capturer, un navigateur suffit pour éditer et partager. Ce qui prenait une demi-journée avec du matériel spécialisé peut désormais s’accomplir en moins d’une heure, par n’importe quel agent équipé d’un smartphone récent.
Le marché professionnel du scan 3D était estimé entre 5 et 6,7 milliards de dollars en 2025, avec des projections à 19-22 milliards d’ici 2030. Pourtant, une analyse de début 2026 ne recensait aucune entreprise américaine proposant explicitement le Gaussian Splatting comme service professionnel dédié, malgré 12 100 recherches mensuelles sur le terme.
L’écart entre l’adoption grand public et l’offre professionnelle structurée est encore béant. Pour les agences immobilières, ce vide représente une fenêtre courte : intégrer la technologie avant qu’un concurrent ne la transforme en avantage différenciant, ou attendre que le marché l’impose comme standard.
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Une standardisation industrielle en cours
La technologie n’est plus seulement virale sur les réseaux. Elle est en train d’être formalisée au niveau des standards industriels mondiaux.
Le Khronos Group, consortium à l’origine d’OpenGL, Vulkan et glTF, a annoncé en février 2026 une extension KHR_gaussian_splatting pour glTF 2.0, soutenue par Google, NVIDIA, Apple et Bentley Systems. Cette extension définit comment les données Gaussian Splatting sont stockées dans des fichiers compatibles avec tous les viewers et moteurs glTF. La ratification complète est attendue pour le deuxième trimestre 2026.
En parallèle, l’Alliance for OpenUSD, portée par Pixar, Apple, NVIDIA et Adobe, intègre le 3DGS dans son écosystème, celui utilisé par les studios de cinéma, les moteurs de jeux et les plateformes de jumeaux numériques. Quand des acteurs de ce calibre s’accordent sur un format commun, la question n’est plus de savoir si la technologie sera adoptée, mais à quelle vitesse.
Pour l’immobilier, la conséquence est directe : la visite 3D immersive capturée au smartphone cessera d’être une curiosité technique pour devenir un format interopérable, affichable dans n’importe quel environnement compatible, des portails d’annonces aux casques AR, en passant par les plateformes de gestion de patrimoine.
La question n’est plus de savoir si la technologie est prête. Elle est de savoir qui sera encore agent immobilier quand elle deviendra la norme.
Affaire à suivre sur Horizon.


