Le prospectus amendé déposé le 2 novembre chiffre les pertes d’Anthropic à 23,3 milliards de dollars au troisième trimestre, pour près de 17 milliards de revenus. Le gros de ce montant tient à une charge comptable liée à la dette convertible, et l’exploitation repasse elle aussi dans le rouge à quelques semaines de la cotation.
Pour résumer
- Le S-1 amendé du 2 novembre affiche près de 17 milliards de dollars de revenus au troisième trimestre, environ douze fois plus qu’un an plus tôt.
- Les pertes d’Anthropic atteignent 23,3 milliards sur le trimestre, surtout à cause de la réévaluation des obligations convertibles.
- Les engagements de calcul et d’infrastructure montent à 895,4 milliards de dollars, contre 780 à 810 milliards dans le premier dossier.
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ChatGPTD’où viennent les pertes d’Anthropic au troisième trimestre
Anthropic a déposé le 2 novembre un amendement à son formulaire S-1 auprès de la SEC, une semaine après le premier prospectus public, qui chiffrait 16,3 milliards de dollars de revenus semestriels. Le document intègre cette fois les comptes du troisième trimestre.
Les revenus du trimestre atteignent près de 17 milliards de dollars, environ douze fois plus qu’un an plus tôt, comme le détaille The Next Web dans sa lecture du dossier amendé. Sur les neuf premiers mois de l’année, le chiffre d’affaires cumulé s’élève à 33,2 milliards. Le seul troisième trimestre en représente ainsi plus de la moitié, après 11,6 milliards au deuxième trimestre.

Le résultat net raconte une autre histoire. Les pertes d’Anthropic s’élèvent à 23,3 milliards de dollars sur le trimestre, contre 12,1 milliards un an plus tôt, et à 104 milliards sur les neuf premiers mois.
L’essentiel des pertes d’Anthropic tient à une charge comptable sans sortie de trésorerie. Les obligations convertibles du laboratoire, détenues en majorité par Amazon, sont réévaluées chaque trimestre à mesure que la valorisation grimpe, et leur conversion en actions lors de l’introduction en bourse devrait largement effacer cet effet. La perte nette reste donc un mauvais indicateur de l’activité courante, comme le montrait déjà la perte semestrielle de 80,7 milliards inscrite au prospectus d’octobre, liée aux mêmes ajustements sur la dette convertible.
La croissance prolonge celle que nous suivions cet été, quand les revenus annualisés d’Anthropic avaient atteint 65 milliards de dollars fin juillet, une montée que le short du 23 août présentait déjà comme le prélude à une cotation record.
L’exploitation repasse dans le rouge
Le chiffre le plus surveillé reste le résultat d’exploitation, qui ajoute une seconde couche aux pertes d’Anthropic. Au deuxième trimestre, Anthropic avait dégagé un premier bénéfice d’exploitation d’environ 974 millions de dollars. Au troisième, la société affiche une perte d’environ 567 millions, avec des charges d’exploitation proches de 17,5 milliards.
The Decoder relève deux postes à l’origine de ce retournement : 5 milliards de dollars de capacité de calcul achetée à court terme, et 2 milliards consacrés à l’abondement des dons des salariés.
Les charges d’exploitation rattrapent désormais les revenus, un équilibre fragile pour un laboratoire dont l’essentiel des ventes dépend du volume d’usage de ses modèles. Le premier semestre restait positif côté trésorerie, avec 3,9 milliards de dollars générés, d’après The Next Web.
Ce trimestre était attendu de près, puisque l’entrée en bourse d’Anthropic avait glissé à novembre pour que les résultats du troisième trimestre figurent au dossier. Les investisseurs connaissent désormais l’ampleur des pertes d’Anthropic, exploitation comprise.
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895 milliards d’engagements à l’approche de la cotation
Le dossier, entamé par un dépôt confidentiel auprès de la SEC en juin, fait aussi grimper les engagements. Les contrats d’achat et de location totalisent 895,4 milliards de dollars, presque entièrement liés au calcul et à l’infrastructure, contre 780 à 810 milliards dans le prospectus d’octobre. Ces contrats lient Anthropic à Broadcom, Google, Amazon et Microsoft, les fournisseurs déjà cités dans le premier dossier.
Bloomberg, cité par The Next Web, en situe environ 448 milliards d’ici à la fin de 2030, dont près de 70 milliards sur les douze prochains mois. Ces engagements représentent près de treize fois le chiffre d’affaires annualisé, d’après le calcul du même média.
Pour les clients de Claude, les pertes d’Anthropic pèsent sur la suite. Des charges qui rattrapent les revenus laissent peu de place à une baisse des prix ou à un relèvement des quotas, au moment où OpenAI regroupe les usages de ChatGPT et Codex dans une réserve unique. Environ 80 % des revenus d’Anthropic proviennent d’une facturation au nombre de tokens consommés, comme l’indiquait le prospectus d’octobre, si bien que chaque décision tarifaire sur Claude se répercute directement sur le chiffre d’affaires.
La valorisation se discute aussi à la baisse, à la lumière des pertes d’Anthropic. Les investisseurs évoquent désormais 1 400 à 1 500 milliards de dollars, d’après Bloomberg, quand Anthropic préparait fin août une cotation à 2 000 milliards.
Le placement se prépare aussi hors des États-Unis. Anthropic chercherait à lever jusqu’à 3,5 milliards de dollars auprès d’investisseurs japonais, d’après le quotidien Nikkei, une piste également relevée par The Decoder.
La cotation reste prévue au Nasdaq sous le symbole ANT avant la fin novembre, et l’opération pourrait lever environ 100 milliards de dollars selon le New York Times, repris par The Decoder. Pour les autres laboratoires qui préparent leur entrée en bourse, chaque trimestre publié par Anthropic devient un point de comparaison sur le coût du calcul.
Affaire à suivre sur Horizon.

