OpenAI envisage de poursuivre Apple pour rupture de contrat. L’intégration de ChatGPT dans Siri et Visual Intelligence, présentée comme un tournant historique à la WWDC 2024, n’a jamais réellement décollé. Les revenus sont restés très loin des projections, et les fonctionnalités, pratiquement invisibles pour les utilisateurs.
Pour résumer
- OpenAI accuse Apple d’avoir « enterré » ChatGPT dans Siri, rendant les fonctionnalités difficiles à localiser
- Les revenus issus du partenariat sont restés bien en dessous des projections d’OpenAI
- Des avocats extérieurs ont été mandatés ; une notification formelle de rupture de contrat est envisagée
Une intégration qui n’a jamais vraiment existé
Juin 2024, Apple Park. Tim Cook monte sur scène et annonce que ChatGPT va s’intégrer nativement dans Siri et dans Visual Intelligence. Le partenariat est présenté comme l’alliance entre le meilleur hardware grand public du monde et le modèle de langage le plus utilisé de la planète.
Dix mois plus tard, selon un rapport de Bloomberg publié le 14 mai 2026, OpenAI explore l’option d’un recours en justice contre Apple. La raison avancée : les fonctionnalités issues du partenariat auraient été délibérément « enterrées » dans l’interface d’iOS. Les fonctionnalités existent sur le papier, mais elles sont difficiles à localiser pour l’utilisateur ordinaire, ce qui les rend commercialement sans valeur.
Les revenus générés par cette intégration sont restés très en deçà de ce qu’OpenAI anticipait. Un cadre dirigeant d’OpenAI cité par Bloomberg résume la situation : « Ils ont dit, en substance, qu’OpenAI devait prendre un risque et leur faire confiance. Ce n’est pas ce qui s’est passé. »
La formulation dit beaucoup. OpenAI n’accuse pas Apple d’incompétence technique. Elle accuse Apple d’avoir pris des décisions d’intégration délibérées aboutissant à rendre le produit invisible dans les systèmes d’exploitation censés le distribuer à des centaines de millions d’utilisateurs.
C’est une distinction importante. Un bug se corrige. Une politique de visibilité se négocie, ou se plaide devant un tribunal.
OpenAI mandate des avocats, Apple contre-attaque en silence
Selon Bloomberg, OpenAI a recruté des avocats extérieurs pour examiner ses options. Une première étape consisterait à envoyer une notification formelle de rupture de contrat avant toute procédure judiciaire. Ce type de démarche précède souvent une tentative de renégociation forcée plutôt qu’un procès immédiat.
Toute action plus agressive sera probablement suspendue jusqu’à la conclusion du procès en cours entre OpenAI et Elon Musk. Comme nous l’analysions lors du témoignage de Sam Altman face aux tribunaux, OpenAI gère actuellement plusieurs fronts judiciaires en parallèle, ce qui contraint ses marges de manœuvre à court terme.
Du côté d’Apple, les positions ne sont pas totalement asymétriques. La firme de Cupertino aurait ses propres griefs. Deux points ressortent des informations de Bloomberg : des préoccupations autour des standards de confidentialité d’OpenAI, jugés insuffisants au regard des exigences internes d’Apple, et l’agacement suscité par les projets hardware d’OpenAI développés avec Jony Ive, l’ancien directeur du design d’Apple.
Jony Ive a construit l’esthétique d’Apple pendant plus de vingt ans. Le voir collaborer avec un concurrent potentiel sur un appareil à vocation grand public est perçu, à Cupertino, comme une forme de trahison qui dépasse le simple cadre contractuel.
Ces éléments dessinent un conflit qui va bien au-delà d’une déception commerciale. Les deux parties ont accumulé des motifs d’insatisfaction, et aucune ne semble pressée de trouver un accord à l’amiable.
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Apple et ses partenaires : un schéma qui se répète
Ce différend s’inscrit dans un schéma que TechCrunch documente en détail. Apple a une longue histoire de partenariats devenus conflictuels : Google Maps intégré avant d’être mis de côté au profit d’une solution maison, Adobe Flash banni officiellement pour des raisons de performance sans que les motivations réelles aient jamais été pleinement explicitées, Spotify maintenu dans une position structurellement inégale par les règles de l’App Store.
Dans chacun de ces cas, le litige portait sur la même question de fond : qui contrôle l’expérience utilisateur sur un appareil Apple ? La réponse a toujours été identique. Apple contrôle, et ses partenaires s’adaptent ou partent.
Pour OpenAI, cela signifiait que l’intégration ne pouvait exister qu’aux conditions d’Apple, dans les espaces qu’Apple choisissait d’allouer. Quand ces espaces se sont révélés marginaux, OpenAI n’avait aucun levier contractuel pour exiger davantage de visibilité. La plainte envisagée est essentiellement une tentative de créer ce levier après coup.
À court terme, l’enjeu est à la fois financier et stratégique pour les deux parties. Si une notification formelle est envoyée, Apple et OpenAI devront renégocier les termes du partenariat ou s’affronter en justice. Les deux scénarios mobilisent du temps et des ressources au moment où chaque groupe a d’autres priorités urgentes sur son agenda.
À moyen terme, cette tension illustre un problème structurel pour OpenAI. La société a besoin de distribution massive pour rester dominante. Apple représente un accès à plus d’un milliard d’appareils actifs dans le monde. Mais cette dépendance a un prix : accepter que le partenaire décide de la visibilité du produit. Le lancement de Daybreak, la plateforme de cyberdéfense IA d’OpenAI, et le déploiement accéléré de Codex dans les environnements de développement montrent qu’OpenAI cherche activement à multiplier ses canaux de distribution directe pour réduire cette dépendance aux intermédiaires.
Le partenariat Apple reste, sur le papier, un actif considérable. OpenAI semble avoir décidé qu’il n’est plus acceptable de le laisser sous-exploité sans en tirer les conséquences contractuelles.
Affaire à suivre sur Horizon.



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