Le laboratoire chinois DeepSeek est en discussions avancées pour lever 1,5 Md$ à une valorisation de 71 Md$, un mois seulement après un tour de 7 Md$ bouclé à 50 Md$. L’opération sert à préparer une entrée en bourse ciblée en 2027, avec une accélération possible dès la fin 2026, dans un contexte où le lab tourne sur des puces Huawei et capte déjà près d’un quart des tokens IA enterprise traités par Vercel.
Pour résumer
- DeepSeek discute une nouvelle levée de 1,5 Md$ à 71 Md$ de valorisation, contre 50 Md$ le mois dernier.
- L’IPO est ciblée pour 2027 avec une accélération possible dès la fin 2026, menée par Tencent et le fonds Beijing National AI Industry Investment.
- DeepSeek capte près de 23 % des tokens IA enterprise traités par Vercel en juin, sur des puces Huawei malgré les restrictions US.
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ChatGPTUne levée qui double la valorisation en un mois
L’opération en cours porte sur 1,5 Md$ de financement supplémentaire. Le laboratoire chinois avait déjà bouclé un tour de 7 Md$ le mois précédent à une valorisation de 50 Md$. Le nouveau tour rebat la mise à 71 Md$, soit une progression de valorisation de plus de 40 % en trente jours pour une seule et même startup IA.
Le tour est mené par un binôme d’investisseurs stratégiques. Tencent, géant du numérique chinois, prend le lead avec le fonds Beijing National Artificial Intelligence Industry Investment. Le montage envoie un signal clair : le capital chinois se rassemble autour d’un champion national pour préparer la prochaine phase, IPO comprise, sans dépendre de fonds occidentaux.
La cible IPO est officiellement 2027, mais les investisseurs internes évoquent une accélération possible dès la fin 2026. La place de cotation n’a pas été publiée, ce qui laisse ouverte la question du choix entre Hong Kong et Shanghai. Le sujet est politique : une cotation Hong Kong ouvrirait l’action à des flux occidentaux, une cotation Shanghai la garderait dans un circuit domestique.
La trajectoire financière de DeepSeek trace un chemin classique de licorne IA occidentale, mais compressé dans un tempo beaucoup plus court. OpenAI et Anthropic ont mis quatre ans à passer des premières levées à des valorisations à onze chiffres. DeepSeek fait le même chemin en deux ans, avec un budget cash plus contenu et des puces Huawei plutôt que Nvidia. Ce choix hardware est au cœur de sa stratégie, DeepSeek réduisant sa dépendance à Nvidia.
Pourquoi les entreprises basculent sur les tokens DeepSeek
Le chiffre qui explique la valorisation ne vient pas d’un benchmark académique. En juin 2026, DeepSeek a représenté près de 23 % des tokens IA enterprise processés par Vercel. Un quart du trafic IA d’une plateforme cloud US majeure passe donc déjà par un lab chinois. La performance est mesurée en volume réel, pas en score de laboratoire.
Le moteur de cette adoption est le coût. DeepSeek propose des tokens à un prix nettement inférieur aux offres OpenAI et Anthropic pour un niveau de performance jugé suffisant sur beaucoup de workflows en production. Le tarif casse les habitudes budgétaires des équipes qui pensaient devoir vivre indéfiniment avec un ticket Anthropic ou OpenAI. Le lab pousse aussi la vitesse, dSpark accélérant l’inférence de 85 %.
Le point d’entrée typique reste l’infrastructure US. Vercel, Cloudflare Workers AI et plusieurs autres plateformes proposent DeepSeek en modèle disponible dans leur catalogue, à côté des labs américains. L’entreprise cliente n’a pas à négocier directement avec un fournisseur chinois : elle coche une option dans son dashboard et son workflow bascule. Cette abstraction commerciale a débloqué l’adoption enterprise beaucoup plus vite qu’un contrat direct.
Les cas d’usage prioritaires sont les workloads sensibles au coût unitaire : génération d’emails, extraction structurée, résumés massifs, tri de tickets support. Les usages où la marque du modèle importe moins que la facture. Sur ces workloads, DeepSeek s’installe comme le nouveau standard implicite, ce qui explique aussi pourquoi Anthropic reconnaît que Claude sert d’abord au travail de bureau plutôt qu’au code : le segment code, plus exigeant en qualité, résiste mieux à la pression tarifaire chinoise.
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La pression sur les labs US se transmet aux prix, pas aux annonces
La réponse des labs américains passe par le pricing. OpenAI a ouvert GPT-5.6 en déploiement mondial la semaine dernière avec une grille tarifaire ajustée à la baisse sur les tokens en volume. Anthropic prolonge sa promo Fable 5 jusqu’au 19 juillet pour tenir les paliers de conversion pro. Chaque acteur pousse dans la même direction, avec la même contrainte : maintenir un différentiel de qualité qui justifie l’écart de prix résiduel.
Les puces Huawei sont l’angle qui rend l’histoire encore plus délicate à Washington. DeepSeek tourne sur silicium chinois malgré les restrictions US sur les exports Nvidia vers la Chine. La performance atteinte prouve que le tissu Huawei peut faire tourner un lab frontière, ce qui délégitime l’argument central des restrictions : couper la Chine des puces de pointe pour ralentir sa production IA. Le calcul avance quand même.
La question IPO ouvre un autre front. Si DeepSeek cote à Hong Kong en 2026 ou 2027 à une valorisation à trois chiffres en milliards de dollars, les investisseurs institutionnels occidentaux devront trancher entre entrer au capital via un flottant HK ou se plier aux restrictions US sur les capitaux à destination des tech chinoises. L’arbitrage sera politique autant que financier.
Le calendrier est serré. Une IPO à fin 2026 impose de boucler l’audit, la roadmap financière et le storytelling investisseur en moins de six mois. La levée de 1,5 Md$ vient précisément financer cet équipement de fond de dossier IPO : recrutement CFO, structuration de la conformité, expansion internationale mesurée pour que la thèse tienne debout devant des banquiers d’affaires. DeepSeek entre dans la phase où le lab devient une machine à raconter son histoire aux marchés, en plus d’entraîner ses modèles.
Affaire à suivre sur Horizon.


