ElevenLabs lance Music v2, une mise à jour majeure de son modèle de génération musicale. Le modèle peut désormais basculer d’un genre à l’autre en cours de morceau, reconstruire des sections isolées sans toucher au reste, et intégrer des effets sonores non musicaux dans une composition. Une architecture qui change fondamentalement ce qu’il est possible de créer avec un prompt.
Pour résumer
- ElevenLabs Music v2 peut transiter d’opéra vers le heavy metal et inversement au sein d’un même morceau
- L’édition par section permet de régénérer une partie précise sans altérer le reste de la composition
- Le modèle est disponible sur ElevenCreative et ElevenMusic, avec un accès API annoncé prochainement
Une architecture par sections qui change la donne
Music v2 sort presque dix mois après la première version, lancée en août 2025. L’intervalle est court pour un modèle de génération audio, mais les avancées sont substantielles. La capacité la plus spectaculaire : la transition de genre en cours de morceau. L’exemple donné par ElevenLabs va de l’opéra vers le heavy metal et retour, sans rupture artificielle. Le modèle maintient aussi la cohérence d’un rap rapide sur l’ensemble d’un titre, ce qui constitue un défi technique distinct des transitions stylistiques.
Une autre fonctionnalité modifie profondément le workflow créatif : l’édition par section. L’utilisateur peut sélectionner une portion de morceau, par exemple un refrain ou un couplet, et le reconstruire via un prompt sans toucher aux autres parties de la composition. Cette granularité dans l’édition rapproche l’outil des logiciels de production audio traditionnels. Jusqu’ici, les modèles de génération musicale imposaient de régénérer l’ensemble d’un titre pour chaque modification.
Le modèle intègre également des effets sonores non musicaux directement dans une composition : une opportunité pour les créateurs de contenus qui cherchent une bande-son immersive sans avoir à assembler plusieurs sources. ElevenLabs indique que Music v2 se montre plus fiable sur plusieurs axes simultanément : langues, paroles, voix et arrangements. Une progression en cohérence globale plutôt qu’en performance sur un unique critère.
Le processus de composition évolue aussi en profondeur. Les utilisateurs peuvent désormais construire un morceau section par section, en générant séparément l’intro, les couplets et le refrain, puis en les assemblant. Une logique modulaire qui correspond davantage à la façon dont travaillent réellement les producteurs de musique.
La licence comme arme concurrentielle
ElevenLabs précise que Music v2 est entraîné sur des données sous licence et autorisé à un usage commercial. La mention n’est pas anodine. Suno et Udio, deux concurrents directs dans la génération musicale IA, font face à des poursuites judiciaires de la part des majors de l’industrie pour utilisation non autorisée d’œuvres protégées. ElevenLabs se positionne explicitement comme une alternative juridiquement sécurisée pour les entreprises. Le détail figure dans le billet officiel d’ElevenLabs sur Music v2 et les transitions de genre en cours de morceau.
Le modèle est accessible dès maintenant sur ElevenMusic, la nouvelle plateforme dédiée à la création de morceaux IA, et sur ElevenCreative, l’outil de la société destiné aux équipes marketing et branding. Un accès via API est annoncé prochainement, ce qui ouvrira l’intégration dans des pipelines de production automatisés.
La société affiche 330 millions de dollars de revenus annuels récurrents à fin 2025. Dans ce contexte, Music v2 n’est pas un produit isolé mais une brique supplémentaire dans un écosystème audio qui couvre déjà la synthèse vocale, la transcription, la génération d’effets sonores et le clonage de voix. L’ambition d’ElevenLabs est de couvrir l’ensemble du pipeline audio, de la voix à la musique en passant par l’environnement sonore.
La concurrence est active. Google, Stability AI et Suno ont tous publié des modèles concurrents ces dernières semaines, avec des durées de génération étendues et des capacités d’édition. Le marché de la génération musicale IA est en train de se consolider rapidement autour d’un petit nombre d’acteurs qui imposent leurs propres standards.
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Ce que Music v2 annonce pour la création musicale
À court terme, les premiers bénéficiaires sont les équipes marketing et les créateurs de contenu vidéo. Disposer d’une musique de fond générée sous licence commerciale, ajustable par section et adaptable au genre, supprime un point de friction majeur dans la production de contenu. Les bibliothèques musicales royalty-free ont construit un marché de plusieurs centaines de millions de dollars sur cette même promesse. Music v2 le rend accessible à la demande, pour un coût marginal.
La portée de l’IA audio dépasse déjà largement la musique. Les capacités de reconstruction vocale de l’IA ont déjà poussé la NTSB à fermer ses dossiers publics pour protéger l’identité de victimes de crashes aériens. Music v2 illustre une trajectoire identique : les modèles audio gagnent en précision et en contrôle à un rythme que les usages légaux et éthiques peinent à anticiper.
À moyen terme, l’arrivée de l’API est le signal le plus important. Une fois Music v2 accessible en intégration directe, les studios de post-production, les agences créatives et les plateformes de streaming pourront automatiser des pans entiers de leur pipeline musical. Les compositeurs de musique fonctionnelle, déjà fragilisés par les bibliothèques royalty-free, vont faire face à une nouvelle vague de concurrence automatisée sur les formats courts et les projets à budget serré.
La génération musicale IA ne remplace pas encore les artistes sur les formats longs et les projets à forte identité sonore. Mais elle réduit progressivement le périmètre dans lequel un humain reste irremplaçable. Music v2 n’est pas un point de rupture. C’est une étape supplémentaire dans une compression continue du temps et du coût de production audio.
Affaire à suivre sur Horizon.


