Anthropic monte une équipe interne dédiée à sa puce IA maison et recrute des ingénieurs venus du silicium. L’objectif affiché est de co-concevoir le matériel et les modèles pour gagner en vitesse et en efficacité, avec Samsung évoqué comme fondeur possible. Le dernier grand labo qui dépendait entièrement de ses fournisseurs vient de changer de posture.
Pour résumer
- Anthropic recrute des ingénieurs pour une équipe silicium chargée de concevoir sa puce IA maison.
- Samsung est évoqué comme partenaire de fabrication, à un stade encore exploratoire.
- Le labo conserve ses accords existants avec AWS, Google, Nvidia et AMD.
Faire résumer cet article par une IA
ChatGPTUn vétéran du silicium OpenAI recruté début juin
Le signal était passé relativement inaperçu. Anthropic a recruté début juin Clive Chan, deuxième ingénieur à avoir rejoint l’équipe puces sur mesure d’OpenAI. Deux mois plus tard, l’entreprise assume publiquement la constitution d’une équipe silicium et cherche des profils ayant déjà conçu des puces.
L’ambition tient en une formule : co-concevoir le matériel et les modèles. Plutôt que d’adapter Claude à des accélérateurs pensés pour d’autres charges, Anthropic veut façonner un composant taillé pour ses propres opérations, avec la promesse de faire tourner sa technologie plus vite et à moindre coût.
Cette bascule s’inscrit dans une trajectoire déjà lisible depuis juillet, quand Anthropic et Samsung discutaient d’une puce IA maison. Ce qui n’était qu’une conversation entre partenaires devient une fonction interne avec ses propres recrutements.
Le raisonnement économique est simple à suivre. Un accélérateur d’inférence conçu pour un usage précis élimine la part de généraliste que traînent les cartes Nvidia, calibrées pour bien plus que la seule génération de réponses. Sur des volumes qui grimpent chaque trimestre, ce surcoût structurel finit par peser lourd.
Le calendrier colle à la santé financière du labo, qui s’apprête à dégager son premier trimestre rentable. Concevoir sa propre puce coûte cher et rapporte tard, un investissement qu’une entreprise ne lance qu’une fois sa trajectoire de revenus solidement installée.
Samsung en embuscade sur le 2 nanomètres
Côté fabrication, le nom qui revient est celui de Samsung. Les discussions restent à un stade exploratoire, au point que ni la fonction exacte de la puce, ni sa puissance, ni son intégration en serveur ne sont arrêtées.
Deux atouts du Coréen intéressent Anthropic : son procédé de gravure en 2 nanomètres et ses installations de packaging avancé. Les deux comptent pour un accélérateur d’inférence haute performance, où la densité et l’assemblage font autant que l’architecture.
La relation dépasse d’ailleurs le simple contrat de fonderie. Samsung a participé comme investisseur stratégique au tour de financement de 65 milliards de dollars d’Anthropic, aux côtés de SK Hynix et de Micron. Un fondeur, un fabricant de mémoire et un second mémoiriste au capital d’un labo de modèles, la composition n’a rien d’un hasard.
Cette proximité prolonge l’implantation coréenne du labo, qui s’était déjà allié à Samsung, LG et NAVER au printemps. La chaîne d’approvisionnement asiatique devient une pièce centrale de la stratégie industrielle d’Anthropic, pas un simple canal commercial.
Rien n’oblige pour autant à choisir dès maintenant. Anthropic garde ses accords matériels avec AWS, Google, Nvidia et AMD, et une équipe silicium naissante ne produit pas de composant avant plusieurs années. La bascule se prépare, elle ne se joue pas ce trimestre.
Ce flou sur la définition du produit est d’ailleurs le meilleur indicateur de la maturité du projet. Une entreprise qui sait déjà quel composant elle veut graver ne recrute plus, elle exécute. Anthropic en est encore à constituer l’équipe qui répondra à ces questions, ce qui situe l’échéance réaliste bien après les annonces de la rentrée.
D’autres articles sur Horizon
- Google Assistant s’éteint le 4 septembre
- Prix Pulitzer 2026 : huit lauréats ont utilisé l’IA
- ChatGPT au Congrès US accapare 88 % des achats IA
Plus aucun grand labo ne reste sans son propre composant
Avec cette annonce, la liste des laboratoires de premier plan sans projet de puce interne se vide. OpenAI avance sur son composant Jalapeño avec Broadcom, Google DeepMind exploite ses TPU depuis des années, Meta pousse ses accélérateurs MTIA.
Le mouvement dépasse les frontières américaines. En Chine aussi, DeepSeek prépare sa propre puce pour réduire sa dépendance à Nvidia. La verticalisation devient le réflexe par défaut de tout acteur qui atteint une certaine échelle d’inférence.
Pour Nvidia, la lecture est ambivalente. Chaque labo qui conçoit son accélérateur d’inférence retire une part de volume futur au fournisseur dominant, sans lui retirer l’entraînement, où sa position reste beaucoup plus difficile à contester à court terme.
Le risque d’exécution reste entier. Concevoir une puce demande des cycles de plusieurs années, une chaîne de validation lourde et une capacité de fonderie réservée longtemps à l’avance, le tout sur un marché où l’architecture des modèles bouge à chaque trimestre. Un composant taillé pour la génération actuelle de Claude peut arriver calibré pour une charge qui n’existe plus.
Côté clients d’Anthropic, l’effet attendu porte sur le prix et la latence. Une puce IA maison taillée pour Claude signifie à terme un coût par requête plus bas, donc une marge de manoeuvre supplémentaire dans une guerre tarifaire qui n’a pas ralenti depuis le printemps.
Reste que cette indépendance se construit sur plusieurs années et sur un budget considérable, alors même que le labo affiche une valorisation en route vers les 900 milliards de dollars. C’est précisément ce niveau de capitalisation qui rend l’exercice envisageable, et son échec coûteux.
Affaire à suivre sur Horizon.


