Le datacenter OpenAI de l’Ohio décroche 105 milliards

Le datacenter OpenAI de l'Ohio érigé par des ouvriers dans une ancienne halle nucléaire

Le futur datacenter OpenAI de l’Ohio tient en un bail de 20 ans sur le campus PORTS-Pike, un site de 8 gigawatts bâti sur une ancienne usine d’enrichissement d’uranium. Nvidia garantit jusqu’à 105 milliards de dollars d’obligations de location et d’énergie, un montage financier inédit révélé par un dépôt auprès de la SEC. Le chantier promet 35 000 emplois de construction et 2 500 postes permanents d’ici 2032.

Pour résumer

  • Un bail de 20 ans pour 8 gigawatts de capacité de calcul, la plus grosse commande d’infrastructure jamais signée par OpenAI.
  • Nvidia garantit jusqu’à 105 milliards de dollars d’obligations conditionnelles et devient fournisseur exclusif de puces du site.
  • 35 000 emplois de chantier sur six ans, 2 500 postes durables, et une première tranche de 800 mégawatts prévue pour 2028.

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Un bail de 20 ans sur une ancienne friche nucléaire

Le site retenu pour le datacenter OpenAI n’est pas un terrain quelconque. Le campus PORTS-Pike s’étend sur l’emprise de l’ancienne usine de diffusion gazeuse de Portsmouth, à Piketon dans le comté de Pike, qui a enrichi de l’uranium pour le programme nucléaire américain de 1954 à 2001. Une partie du foncier est fédérale, ce qui explique la présence du département de l’Énergie dans le montage.

OpenAI y a signé un bail de 20 ans, annoncé lundi 17 août, pour sécuriser 8 gigawatts de capacité informatique alimentés par 10 gigawatts de production d’énergie nouvelle. L’entreprise détaille l’opération dans son annonce officielle du projet PORTS-Pike, qui liste ses partenaires et ses engagements locaux.

L’échelle écrase tout ce que l’Ohio a connu jusqu’ici. L’État était déjà devenu une place forte du calcul avec les datacenters sous tentes que Meta y assemble pour aller plus vite que ses permis de construire. Le projet PORTS-Pike joue dans une autre catégorie, avec une première tranche de 800 mégawatts visée pour 2028.

La construction et l’exploitation reviennent à SB Energy, filiale énergie du groupe SoftBank. Le calendrier étale le chantier sur six ans, jusqu’en 2032, pour un site pensé comme un campus complet plutôt qu’un bâtiment unique. Le choix d’une friche nucléaire réhabilitée offre du foncier, des raccordements électriques historiques et un environnement réglementaire déjà cartographié.

Le symbole n’a échappé à personne dans la région. Le comté de Pike a vécu un demi-siècle au rythme de l’atome, avec les salaires et les fermetures qui vont avec, avant de subir vingt ans de démantèlement. Voir revenir un employeur géant sur le même terrain rejoue une histoire industrielle que la vallée de l’Ohio connaît par cœur, avec l’IA dans le rôle tenu autrefois par l’uranium.

Le précédent le plus proche en taille reste la location géante signée côté Anthropic. L’accord entre Riot Platforms et Anthropic avait déjà montré que les labs frontière préfèrent désormais louer des gigawatts clés en main plutôt que construire seuls. OpenAI pousse la logique un cran plus loin en y ajoutant un garant.


datacenter OpenAI

La garantie Nvidia qui déverrouille le financement

Le cœur financier du datacenter OpenAI tient dans un chiffre révélé par un dépôt auprès de la SEC. Nvidia s’engage à garantir jusqu’à 105 milliards de dollars d’obligations conditionnelles de loyer et d’énergie dues à SB Energy. Si OpenAI ne paie pas, le fabricant de puces paie à sa place.

La garantie couvre une première phase de 4,25 gigawatts de capacité de calcul, assortie d’une option sur 3,75 gigawatts supplémentaires. En parallèle, Nvidia investit 1,5 milliard de dollars directement dans SB Energy et devient le fournisseur exclusif de puces du site. Le même acteur finance, équipe et assure le projet.

Ce montage répond à un problème très concret. Aucune banque ne prête sereinement des dizaines de milliards à un client dont les revenus croissent moins vite que ses engagements, et le marché obligataire classique sature déjà. L’émission de 20 milliards d’obligations lancée par Nvidia avait déjà signalé que le fabricant assumait un rôle de banquier du secteur.

Le procédé rappelle le financement de projet des années télécoms, avec une différence de taille. Le garant est aussi le vendeur du matériel qui remplira le site, ce qui boucle le circuit économique sur lui-même. Nvidia sécurise des années de commandes de GPU en échange du risque de crédit, et transforme sa trésorerie en arme commerciale.

Pour les concurrents, l’addition devient vertigineuse. Google mobilise déjà son bilan et celui de ses partenaires, comme le montrent les 80 milliards d’investissement d’Alphabet dans l’infrastructure, pendant qu’Anthropic loue à grande échelle. Les acteurs sans mécène industriel ou sans bilan géant se retrouvent hors jeu sur la course aux gigawatts.


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35 000 emplois de chantier et une facture énergétique record

Le volet social du datacenter OpenAI donne la mesure du chantier. Le projet promet 35 000 emplois liés à la construction sur la durée du chantier et 2 500 postes permanents d’exploitation une fois le campus en service. Le ratio illustre la réalité économique des datacenters, intensifs en capital et sobres en emplois durables.

OpenAI accompagne l’annonce d’un paquet local calibré. Un fonds communautaire de 40 millions de dollars, financé avec SB Energy, soutiendra des priorités définies par les habitants, et 84 millions de dollars de crédits Codex ouvriront l’accès à l’outil à tous les étudiants des universités de l’Ohio. La séquence vise autant les élus locaux que l’opinion.

Le contexte politique explique cette prudence. Les datacenters sont devenus un sujet de campagne des midterms américaines, portés par les inquiétudes sur les factures d’électricité et la consommation d’eau. Le site revendique un refroidissement en circuit fermé refroidi par air, sans tours d’évaporation, avec une consommation d’eau comparable à un immeuble de bureaux et publiée une fois le site en service.

L’enjeu environnemental reste entier côté carbone. Les 10 gigawatts de production nouvelle reposeront très majoritairement sur du gaz naturel, un choix dicté par les délais de raccordement plus que par le climat. Le record d’émissions du datacenter texan d’Amazon a montré ce que donnent ces arbitrages une fois les turbines lancées.

La comparaison des ordres de grandeur situe l’ambition. Huit gigawatts représentent l’équivalent de la puissance de plusieurs réacteurs nucléaires dédiée à un seul client, sur un seul site. Aucun opérateur cloud n’a jamais concentré autant de capacité en un point unique, et la mise en service étalée jusqu’en 2032 laisse le temps aux générations de puces de se succéder dans les mêmes salles.

Pour les développeurs et les clients de l’API, ce site raconte la feuille de route de 2028. Une capacité de 8 gigawatts dédiée change le plafond des modèles entraînables et la disponibilité des agents en production, aujourd’hui contrainte par le calcul. Les files d’attente et les quotas actuels sont la conséquence directe de l’infrastructure qui manque encore.

La démesure du montage porte aussi sa propre fragilité. Un garant unique concentré sur un seul secteur, un locataire dont la croissance ralentit et un chantier de six ans forment un pari colossal sur la demande d’IA à horizon 2032. Personne ne sait à quoi ressemblera le marché de l’IA à cette date, mais le béton, lui, sera coulé, et les loyers courront jusqu’en 2046.

Affaire à suivre sur Horizon.

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