Astra for Law : OpenAI s’attaque aux cabinets d’avocats

Astra for Law aspire les livres de droit d'une bibliothèque vers la tablette d'une avocate

OpenAI a présenté le 18 septembre Astra for Law, une version de GPT-6 Astra taillée pour le travail juridique et adossée à un index de plus de 230 millions d’URL de droit américain. Sur un banc d’essai de recherche juridique, Astra for Law réussit 54 % des questions, contre 38,7 % pour GPT-6 Astra avec une simple recherche web.

Pour résumer

  • Astra for Law associe GPT-6 Astra, des consignes d’analyse et de rédaction juridiques et un nouvel index de recherche juridique mis à jour chaque jour.
  • Latham & Watkins, Ropes & Gray, Cooley et Sullivan & Cromwell figurent parmi les premiers cabinets utilisateurs.
  • L’offre passe d’abord par le programme Trusted Access dans ChatGPT et Codex, l’API arrive ensuite.

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ChatGPT

Ce qu’Astra for Law ajoute à GPT-6 Astra

Astra for Law repose sur un modèle existant. L’annonce publiée par OpenAI le 18 septembre décrit un assemblage : GPT-6 Astra, des instructions dédiées à l’analyse et à la rédaction juridiques, des réglages qui privilégient un travail approfondi, et surtout un index de recherche construit pour le droit.

Cet index, baptisé Legal Search Index, couvre la jurisprudence, les lois, les règlements, les règles de procédure des tribunaux et les décisions administratives des États-Unis. Il porte sur plus de 230 millions d’URL, et de nouvelles sources y entrent chaque jour.

La base s’appuie sur les données du Free Law Project, qui recense plus de 99,9 % des précédents publiés aux États-Unis. C’est la brique qui manquait au modèle généraliste lancé début septembre avec la promesse d’une IA générale : un corpus fermé, vérifiable, au lieu du web ouvert.

Astra for Law arrive aussi avec un écosystème. OpenAI lance 26 plugins construits par des partenaires, dont Thomson Reuters, Intapp, Harvey, Legora, DeepJudge et iManage, auxquels s’ajoutent 47 plugins communautaires. Plusieurs se branchent sur des logiciels déjà installés dans les cabinets, comme Relativity et Clio.

La logique prolonge celle des agents Astra présentés ces dernières semaines, comme celui qui tient seul un commerce et pilote un drone. OpenAI décline désormais le même modèle par métier, avec des outils et un contexte propres à chaque profession.

Le droit est un choix logique pour ouvrir la série : c’est un domaine où la réponse juste existe dans des textes identifiables, et où une citation inventée coûte cher à celui qui la reprend devant un juge.

Le choix d’un index fermé répond directement à ce risque. Un modèle qui cherche sur le web ouvert mélange arrêts, commentaires de blogs et articles de presse, alors qu’une base limitée aux textes officiels permet de remonter à la décision citée et de la relire. Le gain promis vient d’abord de la qualité des textes que le modèle consulte.


Astra for Law

Les chiffres d’Astra for Law, mesurés par OpenAI

OpenAI a mené son propre test sur le Legal Research Bench de Vals AI, une série de 200 questions de recherche juridique. Astra for Law en a réussi 54 %, contre 38,7 % pour GPT-6 Astra équipé d’une recherche web classique.

L’éditeur détaille trois autres écarts face au même modèle sans index : des réponses 40 % plus exactes, 24 % de décisions de référence trouvées en plus et 54 % de passages pertinents supplémentaires tirés des bons arrêts. Ces mesures viennent d’OpenAI seul, aucun test indépendant n’a encore été publié.

Lu dans l’autre sens, le score de 54 % signifie aussi que près d’une question sur deux du banc d’essai reste mal traitée. Pour un cabinet, l’outil se présente donc comme un accélérateur de recherche dont chaque résultat doit encore être contrôlé par un avocat avant d’entrer dans une consultation.

Côté confidentialité, les cabinets éligibles bénéficient d’une rétention zéro des données. Le principe rejoint la façon dont OpenAI surveille les abus sans conserver les données de ses clients, un argument central face à des avocats tenus au secret professionnel.

L’accès reste filtré. Astra for Law est d’abord proposé à des cabinets sélectionnés via Trusted Access dans ChatGPT et Codex, et OpenAI annonce une ouverture prochaine dans son API. Latham & Watkins, Ropes & Gray, Cooley et Sullivan & Cromwell sont cités parmi les premiers utilisateurs.

La double porte d’entrée dit quelque chose des usages visés. ChatGPT sert l’avocat qui pose une question et relit la réponse, Codex s’adresse aux équipes techniques des cabinets et des éditeurs, qui peuvent assembler leurs propres chaînes de traitement autour de l’index. OpenAI couvre ainsi le poste de travail individuel comme les outils internes des grandes structures.

Le rythme de sortie compte aussi. Deux semaines après GPT-6 Astra, OpenAI livre déjà une déclinaison sectorielle, un rythme cohérent avec les six mois de feuille de route gagnés grâce à la productivité d’Astra.


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Harvey et Legora, clients et rivaux d’Astra for Law

Pour les cabinets, Astra for Law change la question de l’outillage : un associé peut désormais obtenir une recherche sourcée dans l’interface ChatGPT qu’il utilise déjà, sans passer par un outil juridique spécialisé. La valeur se déplace vers la vérification des citations, qui reste le travail de l’avocat.

Pour les éditeurs spécialisés, la position est plus ambiguë. OpenAI présente Harvey et Legora comme des clients de l’API qui pourront bâtir leurs produits sur Astra for Law, alors que ces deux start-up vendent précisément de la recherche juridique assistée par IA aux mêmes cabinets.

L’enjeu financier est réel pour ces deux acteurs. Legora a été valorisée 5,6 milliards de dollars au printemps, dans une course directe avec Harvey pour équiper les grands cabinets. Si Astra for Law devient la couche de recherche par défaut, leur différence devra se jouer sur les flux de travail, la gestion des dossiers et l’intégration aux outils internes.

Le responsable de la recherche de Harvey salue la profondeur des recherches et la sensibilité à la hiérarchie des sources observées pendant les premiers essais, tout en présentant sa plateforme comme complémentaire. Le directeur technique de Thomson Reuters nuance : selon lui, les juristes ont besoin d’une intelligence fiable, du contexte propre à chaque dossier et de fonctions juridiques dédiées, des besoins qui dépassent la seule connexion à un modèle.

Le mouvement s’inscrit dans une bataille déjà engagée. Anthropic s’est positionné sur les services juridiques au printemps, et OpenAI poursuit ici le rattrapage de son retard en entreprise face à Anthropic. Le marché juridique devient un terrain où les labs vendent à la fois le moteur et l’application.

La suite se jouera sur deux points : l’ouverture de l’API, qui dira si Harvey et Legora intègrent Astra for Law ou s’en tiennent à distance, et l’arrivée de tests indépendants capables de confirmer les 54 % annoncés par OpenAI.

Affaire à suivre sur Horizon.

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