Anthropic reste en tête de l’adoption professionnelle avec 43,5 % des entreprises américaines clientes, mais son avance ne progresse plus au même rythme. OpenAI comble son retard trimestre après trimestre et croît désormais plus vite qu’Anthropic sur ce segment. Le décrochage se joue au niveau des modèles, pas des marques.
Pour résumer
- En juillet, Anthropic touche 43,5 % des entreprises américaines suivies, contre 39,7 % pour OpenAI.
- Fable 5 ne pèse que 6 % des tokens achetés chez Anthropic, quand GPT-5.6 Sol atteint 25 % côté OpenAI.
- xAI signe sa plus forte progression depuis juillet 2025 et passe à 4 % des entreprises.
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ChatGPTAnthropic mène à 43,5 %, mais gagne moins vite qu’au printemps
Les chiffres viennent de Ramp, société de cartes corporate et de gestion de dépenses, qui observe les paiements de plus de 70 000 entreprises américaines. Sur le relevé de juillet, 43,5 % d’entre elles payaient un abonnement ou des tokens à Anthropic, en hausse de 1,1 point sur un mois, un chiffre que Ramp détaille dans son index d’adoption de l’IA publié en août.
OpenAI suit à 39,7 %, avec une progression de 0,23 point seulement sur le même mois. La maison de ChatGPT a donc fait moins bien que la croissance de l’adoption IA globale, qui est passée d’un peu plus de 50 % des clients Ramp en mars à près de 56 % en juillet.
La trajectoire prend son sens quand on la compare au printemps. En mai, l’écart était de deux points, avec Anthropic à 41 % et OpenAI à 39 %, un moment que nous avions couvert quand le baromètre de Ramp avait montré Anthropic en tête des usages professionnels.
Le basculement lui-même remonte au début du printemps, quand Anthropic était passé devant OpenAI pour la première fois sur ce terrain. Quatre mois plus tard, la position de tête tient, mais elle ne s’élargit plus mécaniquement.
Le périmètre mérite d’être posé. Ramp ne voit que les entreprises qui passent par ses produits, ce qui laisse dehors les grands comptes équipés chez American Express ou chez un concurrent équivalent, et penche du côté des sociétés technologiques. La mesure décrit un segment, pas le marché entier.
Fable 5 pèse 6 % des tokens vendus par Anthropic
Le détail par modèle explique mieux le mouvement que les parts de marché. Sur le mois écoulé, Fable 5 représentait 6 % des tokens achetés à Anthropic et 11,4 % des dollars dépensés chez l’éditeur, alors qu’il s’agit de son modèle le plus cher.
La comparaison avec le vaisseau amiral d’en face est nette. GPT-5.6 Sol pèse 25 % des tokens OpenAI et 23 % des dépenses. Autrement dit, le modèle de tête d’OpenAI est adopté quatre fois plus largement dans sa propre base que celui d’Anthropic dans la sienne.
L’écart de prix pèse dans la balance, avec environ 10 dollars par million de tokens pour Fable 5 contre 5 dollars pour GPT-5.6 Sol. En volume de dépenses, Fable 5 a tout de même généré près de 75 % de ce qu’a rapporté GPT-5.6 Sol en juillet, ce qui traduit un usage plus rare mais nettement plus coûteux à l’unité. Cet écart tarifaire prolonge la séquence ouverte quand OpenAI et Anthropic ont enclenché une guerre des prix sur leurs API.
Ara Kharazian, économiste en chef de Ramp, attribue le mouvement à la qualité perçue du produit et juge GPT-5.6 Sol très bon, de plus en plus choisi par les développeurs. Il estime à l’inverse que Fable 5 a déçu à la fois en adoption et en usage réel, compte tenu de son prix et des exigences de rétention de données qui l’accompagnent.
Ce dernier point n’est pas anodin pour un acheteur d’entreprise, et il explique en partie pourquoi OpenAI a mis en avant un dispositif de surveillance des abus qui ne conserve aucune donnée client. La conformité est devenue un argument commercial au même titre que le score de benchmark.
La bataille tarifaire reste le fond de décor. Un modèle vendu au double du prix doit démontrer sa valeur sur des tâches précises, et le double écart constaté en juillet, sur le tarif comme sur le volume de tokens, indique que la démonstration n’a pas encore convaincu la majorité des acheteurs.
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Ce que le trimestre en cours peut encore renverser
Sur le troisième trimestre entamé, OpenAI comble son retard plus vite qu’Anthropic ne consolide son avance. Kharazian tempère aussitôt en rappelant qu’il reste un mois avant la clôture, une durée qu’il compare à une éternité au rythme actuel du secteur.
Le troisième acteur du relevé change aussi de statut. xAI progresse de 0,94 point pour atteindre 4 % des entreprises, sa plus forte hausse mensuelle depuis juillet 2025. Le socle reste petit, mais la pente est la plus raide du tableau.
Les plateformes de mise à disposition de modèles progressent en parallèle, à 6,1 % des entreprises utilisatrices d’IA, en hausse de 0,2 point. Elles ouvrent l’accès à des modèles open source et à une partie des modèles développés en Chine, en dehors des deux grands fournisseurs américains.
La dispersion des budgets reste le chiffre le plus brutal du relevé. En juillet, le premier centile des entreprises dépensait une médiane de 7 400 dollars par employé, le premier décile 650 dollars, et l’entreprise médiane 11,95 dollars. La courbe d’adoption est large, celle des dépenses ne l’est pas.
Pour les acheteurs, la conséquence pratique tient au choix par défaut. Un modèle deux fois plus cher doit produire un écart de qualité visible sur les tâches réellement exécutées, faute de quoi l’arbitrage se fait sur le prix et sur les clauses de rétention. La concentration observée dans les institutions publiques, où ChatGPT capte 88 % des achats IA du Congrès américain, montre ce que produit un choix par défaut installé.
Le prochain relevé mensuel dira si OpenAI comble définitivement l’écart ou si la reprise de juillet n’était qu’un effet de sortie de modèle. Anthropic garde une avance de près de quatre points, ce qui reste confortable, mais ne protège plus de grand-chose si la dynamique s’inverse deux mois de suite.
Affaire à suivre sur Horizon.


